Ce jeudi 8 octobre 2026, ECONUMA a installé Agrix Tech sur un smartphone Android et photographié trois cultures camerounaises, plantain, cacao, papaye. Aucun diagnostic n'en est sorti. La fiche Google Play de l'application affiche plus de 1 000 téléchargements, dix avis, une note de 3,6 et une dernière mise à jour datée du 28 juin 2023. Début octobre, la page LinkedIn de la startup de Yaoundé relayait pourtant un portrait signé CapitalEcho, qui la décrit en « infrastructure de données ». L'application cale, le récit avance. L'outil promettait en 2019 de reconnaître une plante malade à la caméra d'un téléphone, sans réseau, dans un champ de l'Ouest comme du Centre.
La promesse tient en trois gestes : choisir une culture, filmer la feuille suspecte, écouter le traitement conseillé. Fondée en août 2018 par Adamou Nchange Kouotou, la jeune pousse reçoit dès juin 2019 le Prix spécial du président de la République, valorisé à 15 millions de FCFA dont 6 millions en espèces, selon Investir au Cameroun. Son dossier déposé au MIT Solve en 2020 décrit des réseaux de neurones convolutifs entraînés sur « des milliers d'images », embarqués dans l'appareil pour rendre un verdict hors connexion, puis des messages vocaux en langues africaines. Le chiffre qui a fait sa réputation, 99 % de précision, vient du fondateur lui-même, cité par Quartz en août 2019. Aucun protocole, aucun validateur nommé. Cette trajectoire occupe le quatrième volet de la semaine qu'ECONUMA consacre à l'agritech camerounaise.

Le test raconte autre chose. À l'ouverture, un écran « Bienvenue ! » exige une connexion par compte Google. Vient la page « Choisissez une plante », en français : tomate, pomme de terre, maïs, manioc, riz, cacao. Ni le plantain ni la papaye n'y figurent. Un bandeau annonce 30 diagnostics disponibles pour le mois et propose d'acheter une licence pour un accès illimité, sans en donner le prix. L'appareil photo s'ouvre, trois clichés sont pris, aucun ne s'enregistre dans la galerie. Au choix du cacao, une fenêtre en anglais lance le chargement du modèle, « Downloading cocoa Agrix IA » : la barre est restée à 0 %. Un essai, un téléphone, une connexion Wi-Fi : l'échec ne vaut pas statistique. Sur la boutique, un autre utilisateur écrit que le programme « ne démarre plus ».

Reste l'usage, qui se mesure mal. En novembre 2021, la société revendiquait 230 utilisateurs actifs, tous au Cameroun, d'après TechTrends Africa et l'Agence Ecofin. Le concurrent gratuit Plantix dépasse 10 millions d'installations, relève AppBrain, qui date par ailleurs un retrait d'Agrix Tech au 13 novembre 2024 alors que le bouton « Installer » répond ce jeudi. Un modèle embarqué ne progresse que par mise à jour, et la dernière remonte à l'été 2023.
Sur les trois contraintes locales, le bilan est net. Le hors-ligne annoncé suppose d'abord du réseau : pour s'identifier, puis pour charger le modèle de chaque culture, en plus des 27,57 Mo d'installation relevés par AppBrain. La consommation à l'usage reste non indiquée dans la source, faute de diagnostic abouti. La langue tient à moitié, menus en français et fenêtre de chargement en anglais ; les conseils vocaux en pidgin ou en fang, évoqués par Quartz en 2019, n'ont pas pu être écoutés. Le prix, enfin : 30 essais gratuits par mois, puis une licence au tarif non affiché.

Agrix Tech, de la promesse au test. Test ECONUMA du 8 octobre 2026 sur un téléphone Android, en Wi-Fi.
Chaque jeudi, ECONUMA teste les applications qui comptent pour le numérique camerounais. Le #JeudiApp de la semaine prochaine circule d'abord sur ECONUMA GO DIGITAL. Suivre le fil.
Le site officiel, lui, décrit une autre entreprise. Deux boutons y accueillent le visiteur : « Créez un business plan agropastoral » et « Commandez une étude de faisabilité ». Le diagnostic des cultures n'y figure plus. L'évaluation de faisabilité y coûte 50 000 FCFA, payés à l'ouverture du dossier : un agent rappelle sous 24 heures, un autre se rend sur l'exploitation, puis le rapport arrive par e-mail ou WhatsApp. Dès avril 2023, le dirigeant expliquait à Connecting Africa toucher en moyenne 60 dollars par dossier, versés par l'institution financière une fois le prêt accordé.
