Le 11 septembre 2026, la salle 1036 de l'Immeuble ministériel numéro 2, à Yaoundé, est restée à moitié vide. Le Syndicat national des enseignants du supérieur, le SYNES, avait décliné la concertation convoquée par le ministre d'État en charge de l'Enseignement supérieur : convocation reçue quarante-huit heures plus tôt, aucun ordre du jour consacré aux revendications syndicales. Le même jour, la dette académique de l'État envers ses enseignants était chiffrée à 15 498 462 253 FCFA, accumulée entre 2000 et 2021, dont 6,35 milliards effectivement versés, soit 41 % du total. Ce solde impayé ne concerne pas que les universités d'État du Cameroun. Il traverse aussi les quelque 430 instituts privés d'enseignement supérieur, les IPES, que recense le MINESUP.

Le marché a presque doublé en sept ans. Le ministère comptait 265 IPES en 2019, sa page d'information en affiche environ 430 aujourd'hui, une progression voisine de 62 %. L'ANIPES, l'association qui structure la profession, avance de son côté près de 582 établissements légalement autorisés, dont environ 300 seulement fonctionnent, et revendique plus de 130 000 étudiants dans ses structures membres. L'écart entre 582 autorisations et 300 établissements actifs dit l'essentiel du modèle économique. L'autorisation administrative est un actif, l'exploitation pédagogique en est un autre : un promoteur peut conserver son autorisation pendant des années sans ouvrir une seule salle de cours. Pour une famille qui arbitre une orientation à la mi-septembre, la nuance n'a rien d'académique, elle est budgétaire, et le vrai coût d'une année d'études par filière la rend immédiatement lisible.

Ce que le privé facture se lit dans les grilles tarifaires publiées à chaque rentrée. Une filière de gestion, de droit ou d'informatique se négocie entre 200 000 et 500 000 FCFA par an. Une formation d'ingénierie ou un programme international monte de 800 000 à 1,5 million. Une spécialité de santé dépasse fréquemment 1,3 million et atteint 2,5 millions. En face, les droits universitaires de référence dans le public tiennent à 50 000 FCFA. La prime versée au privé n'achète pas des murs, elle achète de l'encadrement. Et cet encadrement, l'institut le loue plus qu'il ne le possède : le manuel de procédures des agréments du MINESUP n'exige que 30 % d'enseignants permanents pour agréer une filière, le reste du plateau étant recruté à la vacation, très largement dans les amphithéâtres publics. Le public forme les enseignants que le privé facture, le privé facture les diplômes que le public signe.

 

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D'où la portée particulière de ce mois de septembre. Le SYNES a décrété une rentrée académique morte à partir du 3 septembre, et il reste 9,14 milliards de FCFA dus aux enseignants du supérieur. Quand les universités publiques s'arrêtent, une part de la chaîne qui produit les cours et les diplômes des IPES s'arrête avec elles. La tutelle académique amplifie l'exposition. Un institut privé ne délivre pas une licence en son nom propre : il achète à une université d'État la validation des maquettes, la présidence des jurys de soutenance et la cosignature des parchemins. Cette indépendance sous tutelle a toujours eu un prix. Elle a désormais un calendrier.

Le 27 août 2026, la Commission nationale de l'enseignement supérieur privé, la CNESP, a durci les conditions d'accès au marché. Elle a suspendu toute nouvelle procédure d'homologation, et frappé de caducité la convention de tutelle qu'un institut laisse dormir trois mois sans déposer sa demande d'autorisation d'ouverture. Autrement dit, un établissement dont la filière n'est pas agréée cette année ne pourra plus régulariser sa situation avant la fin de l'année académique. Le marché de l'emploi, lui, a déjà tranché sur un autre terrain : celui celui où le code fait foi avant le parchemin.

L'implication est directe pour qui choisit une filière technologique cette semaine. Vérifier l'arrêté d'agrément de la filière et du cycle demandés, plutôt que la notoriété de l'enseigne. Le nom rassure, l'arrêté engage. Et puisque la validation du diplôme dépend d'une chaîne publique sous tension, mieux vaut se couvrir en parallèle, par la certification et le portfolio, ce que proposent gratuitement des dispositifs comme le Talent Lab Angular de l'Orange Digital Center à Douala.

Deux séries de données trancheront d'ici décembre. La première, c'est le tableau synoptique de conformité que la CNESP a exigé de tous les IPES : il dira lesquels des 582 établissements autorisés tiennent réellement debout, filière par filière et cycle par cycle. La seconde, c'est le rythme de paiement du solde de 9,14 milliards : il dira à quelle vitesse la pression retombe sur les vacataires du privé autant que sur les amphithéâtres publics. Les deux se lisent ensemble. Elles décideront, pour la rentrée 2026-2027, si l'enseignement supérieur privé camerounais reste un marché de l'accès ou devient un marché de la preuve.