La 3è édition de cet événement qui se tient dans un contexte marqué par la crise de covid-19 a démontré l’enjeu majeur pour les artistes de développer leur présence sur la toile et de générer des revenus.
Le digital a complètement révolutionné les chaînes de valeur de la musique en y introduisant de nouveaux maillons que l’artiste musicien doit prendre en compte afin d’optimiser sa présence en ligne et générer de nouvelles sources de revenus. C’est le message qui ressort de la Cameroon digital music conference 2021. L’événement qui se tient pour la 3è fois ce samedi 6 novembre 2021 à l’Institut français du Cameroun (IFC) de Yaoundé a réuni près d’une centaine de professionnels de l’industrie de la musique, notamment les artistes musiciens, managers, social media managers, startupers … Et comme lors des éditions précédentes, l’objectif est de mettre en lumière les opportunités et avantages du marché de la musique en Afrique aujourd’hui à l’ère du digital, explique Davy Lessouga, Senior label manager de Believe et organisateur de ce rendez-vous.
« Être présent sur internet aujourd’hui, c’est crucial », lance d’entrée l’artiste Lydol.
Cette 3è édition de Cameroon digital music conference se veut spéciale puisqu’elle se tient dans un contexte marqué par la crise sanitaire du fait de la pandémie de covid-19. Les participants ont été amenés à réfléchir au cours d’une conférence-débat présentée par le journaliste Éric Christian Nya sur l’enjeu majeur du développement de la présence en ligne pour les artistes dans un univers rempli de nouveaux usages renforçant la prégnance des communautés. « Être présent sur internet aujourd’hui, c’est crucial », lance d’entrée l’artiste Lydol. La slameuse témoigne avoir décroché une participation à un festival en Europe après avoir publié au hasard une vidéo d’elle. Une expérience qui a tout de même aiguisé son appétit pour le digital.
Pour Charly Nguetsop, le développement d’une audience en ligne passe par plusieurs étapes. Le COO chez Westy2 Corp recommande à l’artiste, qu’il considère comme un produit du point de vue du digital, de développer sa propre identité et rassembler des personnes qui se reconnaissent en lui grâce à un bon positionnement marketing. L’expert marketing qui a participé au succès de la présence digitale de l’artiste Kareyce Fotso est revenu sur les différentes astuces ayant conduit à ce résultat. Selon lui, c’est la pandémie de covid-19, marquée par l’annulation de nombreux spectacles, qui va pousser l’auteur du titre à succès « pacler Français » à développer sa présence en ligne. Après avoir défini le positionnement de l’artiste, la stratégie a entre autres initié une activité sportive sur sa page, sponsorisée par un annonceur, qui aura permis de créer une audience autour de l’artiste. Ce que le spécialiste appelle marketing tribal ou communautaire.
Au-delà d’une simple présence sur la toile, l’enjeu demeure aussi la monétisation des œuvres musicales. Selon Esther Diane Naah, Label Manager chez Empire Company, la monétisation passe par les contrats de booking et de cobranding. Lors du Workshop sur les revenus du streaming, les participants ont appris que la monétisation de la présence digitale des artistes au Cameroun est confrontée à plusieurs obstacles, notamment les coûts élevés de l’internet, la fracture numérique entre les grandes villes et les périphéries, ainsi que le faible taux de bancarisation qui ne favorise pas le développement des moyens de paiement telle que la carte bancaire. « On est sur un marché au Cameroun où plus de 70% de la population sont constitués de jeunes mais le taux de bancarisation est de moins de 14% ; donc beaucoup de jeunes ont accès à internet mais n’ont pas de moyens pour consommer de la musique légalement », explique Davy Lessouga. Toutefois, assure-t-il, il y a des raisons d’espérer dans un environnement qui a le plus grand taux de pénétration des Smartphones actuellement et qui détient la plus grande population jeune.
Et le cas de Magasco –qui a participé aux échanges en visioconférence- illustre à suffisance le potentiel dont regorge cet espace. L’artiste qui a sorti l’album « Heart » en septembre 2019 a pu générer des revenus chiffrés en millions de FCFA grâce à une distribution bien optimisée sur les plateformes de streaming, raconte Davy Lessouga, qui a managé sa présence sur la toile. L’accent ici a été mis sur la stratégie d’internationalisation à travers des plateformes telles que Spotify, Apple ou Deezer. Par la suite, un travail marketing a permis de positionner l’œuvre dans les playlist officielles. Des expériences qui ont permis d’édifier les jeunes artistes présents qui promettent d’appliquer les recommandations. « Je retiens qu’avec le digital la barrière géographique est levée et qu’il faut prêter une attention à sa fan base car on peut être Camerounais et avoir une Fanbase en Ethiopie », se réjouit Hugues Tchoumegni, slameur et poète. Quant à elle, MP la Pensée, artiste musicienne venue de Bafoussam pour suivre ces échanges, se dit plus édifiée et plus apte à se servir du digital pour développer sa carrière.
