Au Cameroun, le mototaxi n'est pas un simple moyen de transport. C'est un pilier de la mobilité urbaine, une source de revenus pour des centaines de milliers de familles, et longtemps, un angle mort du système bancaire. BEE et ADVANS ont décidé de corriger ce paradoxe, ensemble.

Les deux structures viennent de formaliser un partenariat stratégique dont l'ambition est claire : sortir les conducteurs de l'économie informelle, leur ouvrir l'accès au crédit, et sécuriser leurs revenus sur le long terme. L'objectif chiffré est de 3 600 chauffeurs financés dans les prochains mois.

Une architecture de rôles bien définie

Le dispositif repose sur une division nette des responsabilités. BEE prend en charge le terrain : recrutement des chauffeurs, analyse de leur profil de risque, transmission des dossiers à ADVANS, équipement des motos en GPS pour le suivi opérationnel. La collecte des remboursements quotidiens passe par l'application mobile BEE, ce qui réduit les frictions et sécurise les flux.

ADVANS intervient sur le volet financier : financement de l'acquisition des motos avec tous les documents réglementaires, octroi de crédits scolaires et à la consommation sous supervision de BEE, ouverture d'un compte bancaire pour chaque bénéficiaire. Un compte bancaire, pas seulement un portefeuille mobile. C'est un détail qui dit beaucoup sur l'ambition du projet.

La bancarisation, pas seulement le crédit

Ce qui distingue ce partenariat d'une simple opération de microcrédit, c'est son approche systémique. Chaque conducteur financé intègre le circuit bancaire formel. Il reçoit un compte, une histoire de crédit, des justificatifs de propriété pour son engin. Des actifs que la plupart n'ont jamais eus.

Le GPS installé sur chaque moto remplit un double rôle : outil de gestion opérationnelle pour BEE, mais aussi indicateur de comportement utilisable dans l'évaluation du profil financier du chauffeur. La donnée de mobilité devient, en quelque sorte, une donnée de solvabilité.

Un modèle reproductible

BEE et ADVANS ne cachent pas leurs ambitions au-delà du Cameroun. Le schéma qu'ils mettent en place, combinant technologie de terrain, analyse de risque locale et financement structuré, répond à une problématique partagée par une grande partie du continent africain. Des villes comme Dakar, Abidjan, Nairobi ou Lomé concentrent des bassins de mototaxis comparables, avec les mêmes besoins de formalisation.

La scalabilité du modèle repose sur un point central : l'application mobile BEE rend le remboursement quotidien simple, traçable et automatisable. Pas besoin d'agence physique, pas de déplacement pour régler une mensualité. Le chauffeur paie depuis son téléphone, chaque jour, en roulant.

Ce que ce partenariat dit du secteur

L'initiative s'inscrit dans un mouvement plus large de reconnexion entre les fintechs africaines et les travailleurs de l'économie dite informelle. Le secteur des deux-roues représente, selon plusieurs estimations, entre 30 et 60 % de la mobilité urbaine dans les grandes villes d'Afrique subsaharienne. Longtemps ignoré des banques traditionnelles, jugé trop risqué et trop fragmenté, il attire désormais des acteurs qui ont compris que la donnée et la technologie permettent de gérer ce risque autrement.

BEE et ADVANS font le pari que l'inclusion financière ne se décrète pas depuis un guichet. Elle se construit sur le terrain, avec des outils adaptés aux contraintes réelles des conducteurs. Le fait que des remboursements soient collectés quotidiennement, et non mensuellement, montre une compréhension fine du flux de revenus de ce profil d'emprunteur.

3 600 chauffeurs bancarisés dans les prochains mois : c'est un premier jalon. Ce qui se construit autour, en termes d'historique de crédit, de propriété d'actif et d'accès aux services financiers, pourrait avoir un impact durable bien au-delà de ce chiffre.

BEE est une plateforme de gestion et de financement dédiée aux opérateurs de transport en Afrique. ADVANS est un groupe de microfinance international présent dans neuf pays, dont le Cameroun.