Lundi 6 juillet, le Best Western Plus Soaho de Douala accueille la grande finale nationale de la 16ᵉ édition du Prix Orange de l'Entrepreneur Social en Afrique et au Moyen-Orient (POESAM). Sur les 578 candidatures reçues, un chiffre record depuis le lancement du concours au Cameroun en 2011, quatre porteurs de projets se présentent devant le Grand Jury au terme de trois semaines d'incubation à l'Orange Digital Center de Douala. Santé, agriculture, création d'entreprise, gestion de l'eau : quatre secteurs, quatre lauréats, une même exigence, celle de construire des outils numériques calibrés sur les contraintes réelles du Cameroun, entre réseau instable, énergie incertaine et accès limité aux financements classiques.
Le premier prix, doté de 8 000 000 FCFA, revient à Juvis Anzia pour INTELLIBRA. Diplômée de l'ICT University Cameroun, elle combine échographie, imagerie thermique et intelligence artificielle dans un dispositif porté comme un soutien-gorge connecté, conçu pour détecter le cancer du sein tôt, sans douleur, là où les structures de dépistage manquent. Le coût unitaire du diagnostic baisserait dans une proportion proche d'un facteur onze, un enjeu de taille dans un pays où la mammographie reste concentrée dans quelques hôpitaux urbains. Les fonds obtenus au POESAM financeront des essais cliniques avant la production d'un premier lot de cent dispositifs destinés aux établissements de santé, ruraux comme urbains.
Le deuxième prix, 4 500 000 FCFA, va à Isaac Touza pour NDEMRI. Enseignant-chercheur et figure du réseau GDG Maroua, il s'attaque à un problème du septentrion camerounais : l'absence quasi totale de conseillers agricoles qualifiés pour les petits producteurs. Des capteurs installés au champ mesurent l'humidité et les caractéristiques du sol. Une intelligence artificielle locale, entraînée sur des données de cultures africaines comme le niébé, le sorgho ou le maïs, analyse les risques de maladie et les besoins en nutriments, puis transmet le résultat par SMS, sur un téléphone classique, sans dépendre d'une connexion data que la région ne peut pas toujours garantir.
Troisième du podium, Arolle Aguekeng repart avec 3 500 000 FCFA pour IDEM, une plateforme qui orchestre plus de deux cents agents IA spécialisés comme une chaîne de montage numérique. Un premier agent analyse l'idée soumise par l'utilisateur et distribue les tâches : rédaction du business plan, conception de l'identité visuelle, formalisation des statuts juridiques, développement d'une application web ou mobile. Contrairement aux solutions occidentales hébergées en Europe ou en Amérique du Nord, IDEM déploie ses données sur des infrastructures situées en Afrique, dans la même logique que le pari du cloud souverain porté par ST Digital, sous licence open source Apache 2.0 et à partir de 15 dollars par mois.
Le Prix Spécial Féminin, 3 500 000 FCFA, distingue Murielle Kombou Komga pour GAIACORE, une irrigation pilotée par une intelligence artificielle agente fonctionnant hors connexion. Des capteurs mesurent en temps réel l'humidité et les caractéristiques biophysiques du sol. Des nœuds alimentés à l'énergie solaire traitent ces données localement, puis déclenchent ou coupent les électrovannes selon les besoins réels de la plante. Face à l'irrigation manuelle, souvent approximative, qui épuise les nappes phréatiques, GAIACORE annonce jusqu'à 40 % d'économie d'eau et vise désormais les coopératives maraîchères.
La cérémonie était présidée par Patrick Benon, directeur général d'Orange Cameroun, aux côtés d'Abakal Mahamat, administrateur-directeur général de BGFIBank Cameroun, partenaire de référence de cette édition, ainsi que de Rebecca Enonchong et Bony Dashaco, membres du Grand Jury. Les quatre lauréats bénéficient désormais d'un accompagnement personnalisé de six mois au sein de l'Orange Digital Center, dont l'architecture s'appuie sur l'École du Code, le FabLab Wourilab et l'accélérateur Orange Fab, avant d'affronter en finale internationale les champions des autres filiales Orange d'Afrique et du Moyen-Orient. AFG Bank Cameroun et Dashaco Holdings Africa complètent le tour de table des partenaires financiers de cette 16ᵉ édition.
Les quatre projets illustrent une même bascule dans l'ingénierie camerounaise : moins d'importation de logiciels, plus de systèmes pensés pour fonctionner sans réseau stable ni électricité continue. Capteurs, SMS, calcul local, panneaux solaires : chaque brique technique répond à une contrainte du terrain plutôt qu'à un cahier des charges importé d'ailleurs. Reste la question du passage à l'échelle. Les dotations du POESAM, utiles pour amorcer un projet, ne suffisent pas à financer une phase d'industrialisation, et les jeunes entreprises technologiques peinent encore à obtenir des garanties auprès des banques traditionnelles. INTELLIBRA, NDEMRI, IDEM et GAIACORE devront désormais convaincre au-delà du Cameroun, face aux lauréats des autres pays d'Afrique et du Moyen-Orient.
