Jessica Edima et sa complice Kimmy Crush retournent, scandale après scandale, le même argument. Tout n'était que du buzz. Le 24 juillet 2026, allAfrica.com relaie l'appel de l'écrivaine Marthe Cécile Micca, autrice des Sombres façades, contre une affaire qui agite les réseaux camerounais depuis des semaines. Trois minutes et six secondes suffisent au journaliste Alex MBIDA pour documenter le mécanisme entier. Lives TikTok, tenues suggestives, liasses de francs CFA filmées avec ostentation. Puis un communiqué sec du Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille. La prostitution en ligne s'installe à Yaoundé et à Douala, maquillée en influence numérique.

Le procédé suit un entonnoir précis. TikTok, Instagram et Facebook captent d'abord l'audience, à coups de vidéos chorégraphiées et de clichés de vie somptueuse : jet-ski, restaurants gastronomiques, vols en classe affaires vers Dakar. Ce capital d'abonnés bascule ensuite vers Snapchat, WhatsApp et Messenger, hors de portée des modérateurs automatiques. Là se négocient tarifs, voyages et prestations privées. Le placement de cosmétiques ou d'articles de maroquinerie sert de façade marchande commode. La disproportion entre revenus affichés et train de vie jet-set trahit pourtant la réalité économique du système. Cette économie de l'attention, déjà documentée par ECONUMA dans son enquête sur qui paie vraiment les créateurs camerounais, efface la frontière entre partenariat commercial légitime et escorting de luxe.

Chaque scandale suit ensuite le même cycle. Fuite, indignation publique, puis justification rétrospective. Jessica Edima et Kimmy invoquent un buzz pédagogique, conçu selon elles pour alerter la jeunesse sur les dérives d'Internet. Le commentateur juridique Pokam le juge démonte l'argument sans détour : vulgarité et exposition pornographique ne sensibilisent personne, elles vendent, sous couvert d'un vocabulaire codé où « vendre le piment » désigne la prostitution et « nattes ministérielles » les réseaux d'influence politique. Le Code Pénal camerounais, lui, tranche sans ambiguïté. L'article 263 punit l'outrage public à la pudeur de quinze jours à deux ans de prison. L'article 294 frappe le proxénétisme de six mois à cinq ans, amende plafonnée à un million de francs CFA. La loi du 21 décembre 2010 sur la cybersécurité alourdit la note pour toute publication obscène, jusqu'à cinquante millions de francs CFA d'amende. L'influenceuse Cynthia Fianga en a payé le prix à la prison centrale de Kodengui, condamnée pour des clichés érotiques diffusés en ligne. Ce texte camerounais codifie ce que les plateformes refusent de nommer ; les plateformes nomment ce que le droit peine à saisir.

Le reportage d'Alex MBIDA pousse la démonstration plus loin. Un homme en simple serviette sort d'un hôtel. Le plan suivant affiche le communiqué du ministère, lettre à lettre. Marie Thérèse Abena Ondoa, qui dirige le MINPROFF, rappelle la ligne d'assistance 116 pour signaler abus et exploitation des jeunes femmes. L'Agence Nationale des Technologies de l'Information et de la Communication, présidée par le Pr Ebot Ebot Enaw, forme déjà magistrats et officiers de police judiciaire à la traque numérique, comme le rapportait déjà ECONUMA sur la lutte contre la cybercriminalité. Le Conseil National de la Communication, présidé par Joseph Chebongkeng Kalabubsu, surveille de son côté la déontologie des contenus diffusés. Trois obstacles freinent pourtant l'application du droit. Les serveurs de Meta, ByteDance et Snapchat restent logés hors du territoire national. Le chiffrement de bout en bout complique la preuve. Un vocabulaire codé, mouvant, échappe sans cesse aux filtres automatiques des plateformes. Un statut légal des créateurs de contenu, sur le modèle de la campagne d'enregistrement des artisans du numérique portée par le MINPMEESA, imposerait une charte déontologique contraignante. Des cellules d'enquête financière, capables de tracer les flux de Mobile Money, compléteraient ce dispositif encore lacunaire. Des modules d'éducation aux médias, intégrés dès le lycée, limiteraient enfin l'attrait de l'enrichissement facile chez les plus jeunes.

Yaoundé légifère, Douala scrolle, et l'écart entre les deux se creuse à chaque scandale viral. Cynthia Fianga a payé sa peine. Jessica Edima et Kimmy plaident encore le malentendu pédagogique. Entre répression ponctuelle et tolérance administrative, l'État camerounais choisit rarement la continuité. Reste une question que le droit seul ne tranche pas : combien de jeunes femmes faudra-t-il encore exposer au nom du buzz avant qu'une régulation durable des créateurs de contenu s'impose, plutôt qu'une indignation qui s'éteint avec le prochain scandale ?