Le 13 août 2026, au siège de l'Agence de régulation des télécommunications à Yaoundé, un arrêté redessine la hiérarchie administrative du Cameroun numérique. Un trait de plume, un changement d'étage. Le ministre des Finances Louis Paul Motazé signe l'Arrêté N°00000016/MINFI. L'ART, aussi désignée Telecommunications Regulatory Board, quitte la troisième catégorie des établissements publics pour la deuxième. Cette reclassification ART Cameroun prend effet rétroactivement au 1er janvier 2026. Elle place désormais le régulateur télécoms aux côtés de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures et du Fonds routier, juste derrière la CNPS et le FEICOM. Un déplacement de rang qui rééquilibre financement, gouvernance et transformation numérique nationale.
Le socle juridique remonte au décret présidentiel n°2019/322 du 19 juin 2019. Il fixe la classification des établissements publics selon un critère unique : le budget moyen réalisé lors des trois derniers exercices clos. Pour l'ART, le ministère des Finances a examiné les comptes 2022, 2023 et 2024, sous la direction du Professeur Philémon Zoo Zame. L'exercice 2023, arrêté lors de la 54e session ordinaire du conseil d'administration tenue à Kribi, illustre l'ampleur du mouvement : un bilan de 304,88 milliards de francs CFA, un résultat comptable de 16,77 Md, des recettes budgétaires réalisées de 56,62 Md, et 30,16 Md reversés au Trésor, au Fonds spécial des télécommunications et à l'ANTIC. Le conseil d'administration a ensuite voté un budget prévisionnel de 77,5 Md pour 2026.
Ces montants dessinent un régulateur redistributeur, autant que contrôleur. Une soutenabilité qui rappelle, à elle seule, combien la transformation numérique au Cameroun accuse encore du retard sur ses propres ambitions budgétaires, chemin détaillé dans le dossier go-digital d'ECONUMA consacré à ce retard structurel et aux leviers pour l'inverser.
La montée en catégorie transforme aussi la chaîne de commandement. Le décret de 2019 indexe les plafonds de rémunération, indemnités et jetons de présence sur la catégorie de l'établissement. La grille du directeur général, de la directrice générale adjointe Zourmba Aboubakar et du conseil d'administration se réévalue en conséquence. En retour, le Contrôle supérieur de l'État et la Direction générale du budget resserrent leur surveillance sur la passation des marchés et l'exécution budgétaire. Plus de moyens, plus d'exigence. Ce contrat institutionnel a occupé la 70e session extraordinaire du conseil d'administration, présidée par la Professeure Justine Diffo Tchunkam en présence du directeur général et de son adjoint : nouvel organigramme, règlement intérieur modernisé, code d'éthique, charte d'audit interne.
Une redevabilité renforcée. Elle rappelle, par contraste, ce que coûte sa négligence : la cyberattaque ayant frappé la CNPS et exposé des millions de données, documentée par ECONUMA, mesure le prix d'une gouvernance numérique prise en défaut.
Chaque vendredi, ECONUMA décrypte un mécanisme économique camerounais appuyé sur une donnée chiffrée sourcée. Le #VendrediEco de la semaine prochaine circule d'abord sur ECONUMA GO DIGITAL. Suivre le fil.
L'autonomie élargie arrive au moment où l'ART doit arbitrer la convergence entre télécoms traditionnels, internet haut débit, 5G et cybersécurité. Une mission qu'elle ne porte pas seule : la résilience des réseaux relève du régulateur, la politique nationale de cybersécurité se coordonne avec l'ANTIC. Deux plateformes techniques mesurent désormais en continu la qualité de service des réseaux cellulaires, des yeux électroniques posés sur le réseau, épaulées par des algorithmes d'intelligence artificielle qui détectent les défaillances de couverture chez MTN Cameroon, Orange Cameroun et Camtel. La fermeté s'est déjà traduite en chiffres : 2,6 milliards de francs CFA de pénalités infligées aux opérateurs pour manquements contractuels, et un encadrement tarifaire de la data rapproché des seuils d'abordabilité fixés par l'Union internationale des télécommunications.
Sur le plan régional, le nouveau statut consolide la voix du Cameroun au sein de l'Assemblée des régulateurs télécoms d'Afrique centrale et la coopération transfrontalière avec la Nigerian Communications Commission. Une régulation plus robuste conditionne, en retour, la fiabilité de la connectivité dont dépendent le commerce en ligne, le paiement mobile et la logistique camerounaise, terrain que couvre le dossier go-digital d'ECONUMA sur la maturité de l'e-commerce, du mobile money et de la chaîne d'approvisionnement connectée.
Catégorie 2 ne livre aucune compétence nouvelle à l'ART. Les lois, décrets et cahiers des charges restent le socle de son autorité. Ce que change l'arrêté du 13 août 2026, c'est le contrat implicite passé avec l'État : davantage de moyens, davantage de reconnaissance, contre des résultats mesurables, cartographie indépendante de la couverture, indicateurs de qualité publiés, sanctions réellement appliquées. Une autonomie sans résultats coûte la confiance ; une confiance perdue coûte l'autonomie. La réévaluation triennale prévue en 2029 tranchera si le régulateur camerounais a converti son autonomie budgétaire en fiabilité concrète pour les usagers, ou si la catégorie 2 restera une promotion administrative sans traduction sur le terrain, à Yaoundé comme à Douala.

