On connaît le son de Tems, qui a su s'imposer sur la scène mondiale. Mais cette fois, ce n'est pas pour un nouveau single qu'elle fait parler d'elle.
Il s'agait d'un nouveau projet nommé "The Leading Vibe Initiative". Cette plateforme panafricaine a pour objectif de fournir des outils et d'offrir de la visibilité à la nouvelle génération d'artistes féminines en Afrique. L'événement de lancement s'est tenu à Lagos les 8 et 9 août 2025 et a rassemblé 20 artistes émergentes issues de diverses disciplines.
Partant de sa propre expérience, où elle a dû se battre pour être prise au sérieux comme productrice, Tems veut fournir aux autres les moyens qu'elle n'avait pas à ses débuts. L'initiative, basée à Lagos, ne se limite pas aux chanteuses. Elle s'adresse aussi aux productrices, compositrices et ingénieures du son. C'est tout un écosystème que Tems veut construire.
Un projet concret, pas des belles paroles
L'initiative de Tems n'est pas un simple discours. C'est une action directe pour s'attaquer au problème de la sous-représentation des femmes dans l'industrie musicale africaine. Le projet s'articule autour de plusieurs axes clairs :
- Formation et Mentorat : Des programmes immersifs avec ateliers, masterclass et discussions.
- Accès aux outils : Fourniture de matériel de production et d'enregistrement de niveau professionnel.
- Réseautage : Connexion des jeunes talents avec des cadres et leaders de l'industrie musicale.
- Inclusivité : Soutien à toute la chaîne de métiers, de la création à la technique.
Le financement est soutenu par des partenaires comme Hennessy, qui s'est engagé à amplifier la voix des femmes dans la musique en Afrique. L'objectif est simple : donner aux femmes les moyens de percer, de contrôler leur art et de construire une carrière solide.
On attend d'elles qu'elles soient devant le micro, pas derrière la console.
TEMS
On peut se demander pourquoi une telle plateforme est encore utile aujourd'hui. Les chiffres et les témoignages sont sans appel. Les femmes sont très minoritaires dans les métiers techniques de la musique.
| Rôle dans l'industrie musicale | Représentation féminine (estimations) |
| Artistes | Variable, mais souvent jugées sur l'image |
| Auteurs-Compositeurs | Environ 10-15% |
| Producteurs | Moins de 5% |
| Ingénieurs du son | Moins de 5% |
| Cadres de labels | Environ 20 % |
Ces chiffres sont le résultat de blocages systémiques :
- Les biais de genre : Les femmes sont souvent moins prises au sérieux, comme Tems l'a elle-même rapporté.
- Les réseaux fermés : L'accès aux studios et aux labels passe souvent par des cercles très masculins. Pour une femme, y entrer peut être compliqué, voire dangereux.
- Le manque de modèles : Si vous ne voyez personne qui vous ressemble dans un métier, il est difficile de s'y projeter.
L'initiative de Tems attaque directement ces problèmes en créant un espace sécurisé et des opportunités ciblées. Au Cameroun, la situation est similaire. Les studios de Douala et Yaoundé comptent peu ou pas d'ingénieures du son. Les productrices se comptent sur les doigts d'une main.
Quel futur pour la musique africaine ?
L'impact de The Leading Vibe Initiative pourrait dépasser le soutien individuel. En formant et en propulsant une nouvelle vague de professionnelles, le projet de Tems peut transformer l'équilibre de l'industrie musicale africaine.
- Diversification des sons : Plus de femmes productrices, c'est l'assurance d'entendre de nouvelles perspectives sonores, loin des formules répétitives.
- Renforcement de l'écosystème local : En démarrant au Nigeria pour s'étendre, l'initiative renforce les compétences sur le continent. Moins de dépendance envers les techniciens étrangers.
- Changement des mentalités : Voir des femmes réussir à tous les niveaux va normaliser leur présence et, espérons-le, réduire les comportements sexistes.
L'initiative de l'artiste nigériane Tems est ambitieuse. Mais venant d'une femme qui a su imposer sa vision sur la scène mondiale, on peut penser que ce n'est que le début. Elle ne critique pas seulement un système, elle en construit un nouveau à côté. Tems utilise sa notoriété pour bâtir une infrastructure pour la prochaine génération. C'est une démarche pragmatique qui force le respect et qui pourrait bien redéfinir les règles du jeu pour les femmes dans la musique sur le continent.
Cependant, le succès dépendra de l'exécution et de la capacité à rester indépendant des pressions commerciales. Les artistes féminines émergentes ont besoin de plus qu'un bootcamp ; elles ont besoin d'un changement systémique. The Leading Vibe Initiative est un départ prometteur, mais le chemin reste long. Pour les Camerounaises dans la musique, ce projet offre un modèle à observer et, pourquoi pas, à adapter localement. Le message est clair : la place des femmes est partout, y compris derrière la console de mixage.
