Le décor est planté au cœur d'Akwa-Soudanaise, à Douala. Mardi 14 juillet 2026, dès 9 heures, l'Orange Digital Center a donné le coup d'envoi de la sixième édition de l'Orange Summer Challenge. Le compteur des inscriptions affiche 691 candidatures, un volume qui confirme l'attrait des jeunes Camerounais pour l'intelligence artificielle et l'entrepreneuriat numérique. Derrière ce chiffre se joue une bataille plus large : transformer une génération de codeurs en bâtisseurs de solutions commercialisables, à l'heure où l'Afrique centrale cherche ses relais de croissance technologique.
Cette édition rompt avec l'histoire du programme. Pendant cinq sessions, l'OSC a fonctionné comme un stage de trois mois consacré à des prototypes d'Internet des objets, dans une logique « Tech for Good ». Des projets aboutis techniquement, mais bloqués au seuil du marché faute d'accès commercial, d'encadrement financier et de compétences managériales. Le millésime 2026 corrige la trajectoire en se repositionnant comme un dispositif de pré-accélération placé sous le thème « AI as a Business Accelerator ». L'objectif : livrer des solutions d'intelligence artificielle appliquée, de l'optimisation énergétique à la détection des fraudes, prêtes à être contractées par les directions métiers d'Orange ou déployées à grande échelle via l'accélérateur maison, présenté dans le dossier d'ECONUMA consacré à Orange Fab.

La mécanique repose sur deux profils complémentaires. D'un côté, des startups disposant d'une solution d'IA fonctionnelle ou d'un concept à forte valeur commerciale. De l'autre, de jeunes talents, développeurs, analystes de données, designers UI/UX et spécialistes du marketing digital, formés en accéléré au prompt engineering, à la gestion de projet et au design collaboratif. Un cadre contractuel précis encadre la propriété intellectuelle : les idées et bases de données des startups restent leur propriété exclusive, tandis que les codes et livrables produits par les jeunes talents leur sont officiellement transférés à la clôture du programme. Cette clause vise à dissiper les craintes de spoliation qui freinent la co-innovation sur le continent.
L'encadrement mobilise un réseau rarement réuni au Cameroun. Amazon Web Services anime des modules d'architecture cloud et de déploiement de modèles d'IA générative, Meta pilote des sessions d'exploitation pratique de l'IA et de growth marketing, Canva appuie le design d'interfaces, NVIDIA ouvre son réseau Inception et ses technologies d'accélération matérielle. Localement, les équipes de l'Orange Digital Center, de Nokia et d'Ernst & Young assurent le suivi quotidien, tandis que le comité de direction d'Orange Cameroun, emmené par le directeur général Patrick Benon, s'implique dans le mentorat avec des experts métiers comme Sylvia Nfonba (Orange Business), Sanda Oumarou (Systèmes d'Information) et Paul Mahi (Assurance Revenus). Côté financement, Nokia consacre 40 000 euros, environ 26,2 millions de francs CFA, aux phases de pré-incubation et d'incubation des solutions primées ; Orange ajoute 20 000 euros, près de 13,1 millions de francs CFA, pour l'insertion professionnelle des jeunes talents.
Le palmarès national donne la mesure du potentiel. Kidjamo, dispositif d'accompagnement des personnes drépanocytaires, a remporté l'édition 2025. Un an plus tôt, LeevLong, solution de télésurveillance cardiaque portée par Haoua Dally, décrochait la troisième place de la finale internationale de Casablanca, après une édition 2024 dont ECONUMA avait salué les jeunes génies camerounais. Le calendrier 2026 suit la même architecture : douze semaines de développement de juillet à septembre, cérémonies nationales en octobre et novembre, puis finale internationale en février 2027.
L'enjeu déborde le concours. L'Orange Digital Center articule déjà l'École du Code, le FabLab WouriLab et des ODC Clubs implantés dans les universités de Yaoundé II, Buea, Ngaoundéré, Maroua et Dschang, un maillage qui a facilité plus de 560 recrutements de jeunes Camerounais. Cette décentralisation reste toutefois fragile, comme l'a montré l'analyse d'ECONUMA sur les villes secondaires, où les coupures d'électricité perturbent les sessions d'apprentissage, notamment à Ngaoundéré.
Les 691 candidats fixent désormais la barre. La sélection retiendra des équipes mixtes appelées à livrer, en trois mois, des prototypes exploitables par un opérateur télécoms et son écosystème. Le pari dépasse Douala : chaque solution contractée validerait la capacité de la jeunesse camerounaise à produire de la valeur avec l'IA, dans une région où les financements d'amorçage demeurent rares. Les douze prochaines semaines diront quels projets franchiront le seuil du marché. Combien, parmi ces 691 trajectoires, deviendront des entreprises qui recrutent à Douala, Yaoundé ou Ngaoundéré ?
