Au Cameroun, la SGS a longtemps incarné la garantie de conformité et de sécurité. Depuis 1987, cette multinationale suisse gère l'inspection des marchandises, l'analyse de conformité et la certification technique. Son ancrage local s'est renforcé en 2016 avec la création de SGS Scanning Cameroun SA, filiale spécialisée dans l'inspection non intrusive des cargaisons au port de Douala et à l'aéroport international de Yaoundé-Nsimalen.
Mais en janvier 2026, une décision gouvernementale a marqué un tournant. Le Port Autonome de Douala (PAD) a confié le scanning à Transatlantic D SA, une entreprise locale, pour une durée de 25 ans. Ce changement n'est pas anodin : il symbolise la volonté camerounaise de maîtriser sa propre infrastructure de sécurité portuaire. Sous l'ancien modèle, la SGS scannait uniquement les conteneurs jugés à risque. Désormais, 100 % des flux passent au scanner, importations et exportations confondues. L'objectif affiché : transformer le scanning en fonction de sécurité nationale, dégagée de la logique purement douanière.
Cette transition s'est déroulée dans le chaos. Au début de l'année 2026, la SGS continuait de facturer ses services tandis que Transatlantic D scannait déjà les cargaisons. Résultat : doublement des frais, blocages logistiques, confusion généralisée. Les importateurs et exportateurs ont dénoncé cette période de flottement. Le ministère des Finances, soucieux des recettes douanières, demandait le maintien du contrat SGS. Le PAD imposait le nouvel opérateur sur le terrain. La Présidence de la République a dû intervenir le 21 janvier 2026 pour arbitrer ce conflit administratif.

Le défi économique est réel. Transatlantic D doit installer 8 nouveaux scanners et moderniser l'infrastructure. Cet investissement massif sera-t-il rentabilisé ? Les experts estiment que oui en moins de sept ans, mais l'incertitude persiste. Pour les entreprises camerounaises, le coût logistique pourrait augmenter. Cependant, le gouvernement estime que cette maîtrise locale compense le surcoût par une meilleure traçabilité et une sécurité renforcée.
Au-delà du port de Douala, la SGS reste un acteur clé du système normatif camerounais. Le Programme d'Évaluation de la Conformité Avant Embarquement (PECAE), lancé en 2016 en partenariat avec l'Agence des Normes et de la Qualité (ANOR), impose que tous les produits importés respectent les standards avant leur départ. La SGS, grâce à son réseau de laboratoires accrédités ISO, effectue la vérification documentaire, l'inspection physique et les essais. Sans cette attestation de conformité, le dédouanement est impossible. Ce processus protège les consommateurs contre les produits défectueux ou toxiques.
La SGS élargit également son mandat à la cybersécurité. Au Cameroun, 98 % du trafic internet transite par l'étranger, exposant les infrastructures à des risques majeurs. L'entreprise accompagne les organisations camerounaises dans l'adoption de la norme ISO/IEC 27001:2022, qui encadre la gestion de la sécurité informatique et la protection des données. Dans un contexte où l'État déploie des projets digitaux comme SIGIPES 2 (gestion du personnel) ou la numérisation de l'état civil par le BUNEC, cette certification devient un prérequis de confiance.
La SGS innove aussi dans la surveillance environnementale via l'ADN environnemental (ADNe). En prélevant des traces génétiques dans l'eau ou le sol, cette technologie identifie les espèces menacées sans intervention intrusive. Sur les chantiers d'infrastructure, elle garantit le respect des normes écologiques et facilite l'obtention de labels de durabilité. C'est une réponse aux défis du développement responsable en Afrique centrale.
Malgré ces apports, le Cameroun reste en retard en matière de transformation digitale. Le pays occupe la 133e place sur 193 en participation électronique mondiale. Les PME, qui constituent 90 % du tissu économique, peinent à adopter les outils numériques, freinées par les coûts de connexion et l'insuffisance des infrastructures. L'arrivée de solutions comme Starlink crée une opportunité, mais soulève des questions de souveraineté régulatoire.
La situation de la SGS en 2026 illustre une recalibration stratégique plus large. Le Cameroun cherche à équilibrer souveraineté nationale et efficacité technique. L'éviction du scanning portuaire montre la fragilité des contrats à long terme face aux poussées politiques. Parallèlement, le besoin d'expertise indépendante demeure. La SGS peut subsister en se concentrant sur la certification de haut niveau, la cybersécurité et l'innovation environnementale. Le succès du modèle camerounais dépendra de l'équilibre entre autonomie locale et intégration aux normes globales.
FAQ
1. Pourquoi le Cameroun a-t-il changé d'opérateur pour le scanning portuaire en 2026 ?
Le gouvernement entend reprendre le contrôle des infrastructures critiques et passer d'un scanning sélectif (SGS) à un scanning 100 % des flux. Cela répond à une volonté de souveraineté et de sécurité nationale.
2. Quel impact pour les entreprises camerounaises ?
Le passage au 100 % scanning peut augmenter les coûts logistiques à court terme, mais la meilleure traçabilité et sécurité compensent cette surcharge. Les experts estiment l'amortissement de l'investissement en moins de sept ans.
3. Quel rôle joue encore la SGS au Cameroun après 2026 ?
SGS reste active dans les certifications de conformité (PECAE), la cybersécurité (ISO 27001), les contrôles environnementaux et l'ADN environnemental. Elle s'oriente vers des services de haut niveau pour les administrations et les entreprises.
