La mobilité urbaine à Douala et à Yaoundé change de visage en 2026. La Loi de Finances a redéfini la fiscalité des VTC. Un impôt libératoire de 5 % s'applique sur 20 % du montant brut de chaque course, soit un prélèvement effectif proche de 1 % du chiffre d'affaires généré. La circulaire signée par le ministre des Finances Louis Paul Motazé conditionne le renouvellement des cartes grises à une Attestation de Conformité Fiscale, poussant chauffeurs et flottes à sortir de l'informel. Quatre acteurs se disputent les usagers camerounais : Yango, Gozem, Bolt, et la jeune pousse locale Malambi, qui mise sur la souveraineté technologique plutôt que sur la simple intermédiation numérique.

La couverture géographique départage nettement les quatre applications. Yango domine le volume global à Douala, Yaoundé et Bafoussam. Mais la plateforme peine dans les quartiers périphériques non goudronnés, où l'étroitesse des voies décourage les berlines. Gozem contourne l'obstacle grâce à son offre moto Zem, présente dans les zones enclavées inaccessibles aux voitures classiques. Bolt reste concentré sur les axes principaux et les centres-villes. Malambi mise sur un suivi de géolocalisation continu, efficace sur le corridor autoroutier Yaoundé-Douala, utile pour le transit de marchandises.

Sur le terrain tarifaire, l'écart se creuse. La grille de Yango reste la plus compétitive, avec des courses dès 700 FCFA entre Bonabéri et Akwa, complétées par des réductions de 30 % sur les premiers trajets. Gozem promet des prix fixes sans négociation. Pourtant, les usagers dénoncent des écarts fréquents entre le montant validé et le montant final, parfois quasiment doublé. Bolt applique une tarification dynamique qui grimpe lors des embouteillages. Malambi choisit une autre voie : une commission plafonnée à 15 %, contre 18 % à 25 % ailleurs, censée protéger la marge du conducteur plutôt que de gonfler le prix payé par le client. Cette bataille des marges s'inscrit dans une équation déjà fragile pour les chauffeurs indépendants, confrontés à un statut social flou.

Le délai d'attente moyen tranche en faveur du leader historique. Yango revendique moins de quatre minutes dans les zones urbaines denses, appuyé sur plus de 150 000 utilisateurs actifs par mois. Gozem se situe autour de cinq minutes. Son service de livraison agace davantage : le compteur démarre dès la validation de la commande, obligeant le client à payer l'attente d'un livreur qui multiplie parfois les détours. Bolt affiche un délai compris entre cinq et sept, pénalisé par une densité de chauffeurs plus faible aux heures creuses. Malambi, encore en déploiement sur ce critère, mise davantage sur la fiabilité du suivi que sur la vitesse pure.

Sur la diversité des services, Gozem l'emporte largement. Outre les motos-taxis Zem et les tricycles, l'application décline son offre automobile en options économique et haut de gamme. Elle intègre aussi la livraison de repas et l'approvisionnement en gaz domestique en moins de trente minutes. Yango réplique avec trois classes de véhicules, un service moto et une offre de livraison de colis. Bolt reste plus sobre, limité aux trajets automobiles et à l'envoi de colis via Bolt Send. Malambi structure son écosystème autour de deux applications : une pour les passagers, dotée d'un code anti-imposteur, une pour les conducteurs, baptisée Taximan.

La dimension sécuritaire distingue nettement le challenger local. Les applications internationales s'appuient sur un suivi GPS classique et des boutons d'alerte. Mais leurs serveurs étrangers accusent des latences supérieures à 250 millisecondes, ce qui perturbe le suivi en zone de couverture faible. Malambi a conçu et breveté ses propres boîtiers de géolocalisation, les Compagnon HW et Compagnon Mini, ainsi qu'une dashcam capable de détecter somnolence et distraction au volant. Hébergées à Douala, ces données réduisent la latence de traitement à moins d'une seconde et évitent les lenteurs d'entraide transfrontalière en cas d'accident. Cette exigence rejoint une préoccupation plus large de l'administration, illustrée par le déploiement de Transdocs pour authentifier les cartes grises.

Derrière la bataille des applications, l'équation du conducteur reste tendue. Un chauffeur de berline à plein temps, actif 26 jours par mois, génère un chiffre d'affaires brut oscillant entre 900 000 et 1 300 000 FCFA. Il n'en conserve, après commission, carburant et entretien, que 250 000 à 300 000 FCFA net. Ce contexte explique l'attrait grandissant de l'électrification chez les motos-taxis, qui assurent 61 % des trajets quotidiens à Douala : le swap de batterie ramène la dépense énergétique journalière de 6 000 à 1 600 FCFA, un gain net de plus de 114 000 FCFA par mois. La comparaison plus large des super-applications africaines montre que ce rapport de force dépasse les frontières camerounaises.

Au terme de ce comparatif, aucun acteur ne rafle la mise sur tous les tableaux. Yango garde la main sur la disponibilité et la densité de flotte. Gozem s'impose par la polyvalence de son écosystème fintech. Bolt cultive une image de marque qui séduit un public jeune et connecté. Malambi construit patiemment un argument différent : la souveraineté des données et la protection de la marge des chauffeurs. Reste à savoir laquelle de ces quatre promesses résistera le mieux à la formalisation fiscale en cours ?