Au 19 septembre 2026, le portail de candidatures d'Enovation Factory affiche un compte à rebours de trente-huit jours avant sa réouverture, quelque part à la fin du mois d'octobre. D'ici là, rien à déposer : la phase 2 du programme Scale 32 a fermé ses dossiers le 31 août, après quatre journées portes ouvertes tenues à la mi-août sur le campus de la Nouvelle Route Bastos, à Yaoundé. L'association qui tient ce campus accompagne des porteurs de projets camerounais sans leur facturer un franc, et travaille avec le Programme des Nations unies pour le développement à l'accompagnement de trente-deux startups technologiques. Reste à savoir ce que recouvre cette gratuité, et ce qu'elle exige en retour.
Le lieu tient du campus plus que du bureau partagé : mille mètres carrés dans le quartier diplomatique de la capitale, postes individuels, open space, bureaux privés, salles de réunion équipées en visioconférence, salles de formation modulables, café-terrasse ouvert au public, bibliothèque numérique sur tablettes, groupe électrogène et climatisation de sept heures à dix-neuf heures, du lundi au samedi. Deux parcours y sont annoncés gratuits pour les entrepreneurs retenus. Newbie prend le porteur d'idée et lui fait valider un marché, un client, un modèle économique, un produit minimum viable, au rythme d'une journée d'ateliers obligatoires par semaine en présentiel. Cracker prend l'entreprise déjà en activité et travaille la structuration, l'automatisation des processus, l'exploitation des données, la préparation à l'investissement. Le portail d'inscription en annonce un troisième, Guru, absent des pages programmes. Cette pédagogie de la présence hebdomadaire tranche avec les trajectoires que se construisent seuls les autodidactes du code.
Scale 32 donne à cet atelier une échelle nationale. Porté avec le PNUD Cameroun, le dispositif vise trente-deux startups technologiques réparties entre incubation et accélération, en deux cohortes semestrielles sur 2026, la première de janvier à juin, la seconde engagée depuis. Sa durée consolidée, elle, se lit différemment selon les documents : quatorze mois dans la communication reprise par We Are Tech en décembre 2025, un accompagnement intensif prolongé d'une année de statut alumni ; douze sur la page publiée le 26 août 2026 ; quatre dans l'appel de la phase 2 mis en ligne le 14 août.

Ce même appel met en avant les projets portés ou coportés par des femmes, s'adresse aux candidats des dix régions et annonce une prise en charge partielle du transport pour ceux qui résident hors de la capitale. Un chiffre, à l'inverse, ne prête à aucune lecture flottante : la structure déclare mille quatre-vingt-dix candidatures pour seize places à la première cohorte, soit moins de deux dossiers sur cent retenus. Le hub de Limbe présenté ici la semaine dernière vit du même rythme d'appels à projets.
Chaque samedi, ECONUMA présente un bâtisseur de l'écosystème numérique camerounais. Le #SamediHub de la semaine prochaine circule d'abord sur ECONUMA GO DIGITAL. Suivre le fil.
Cette gratuité a un financeur. Les packs sponsor qu'Enovation Factory propose aux entreprises l'écrivent noir sur blanc : six millions de francs CFA pour le niveau Pioneer, dix pour Innovator, quinze à vingt pour Game Changer, ce dernier donnant son nom à une cohorte entière. S'y ajoutent la location des espaces au grand public, de cinq mille l'heure en open space à huit cent mille le mois pour un bureau privé, et le mécénat de compétences d'avocats d'affaires, d'auditeurs et d'architectes logiciels qui interviennent sans facturer. Le campus héberge les programmes, les programmes remplissent le campus. L'entrepreneur admis ne paie rien, une entreprise partenaire paie pour lui et reçoit en échange une visibilité de marque et un accès anticipé aux technologies développées sur place. Qui cherche un dispositif gratuit à guichet plus fréquent regardera du côté de la formation ouverte à Douala.
Ce que la structure laisse derrière elle tient dans une journée. Le 17 avril 2025, huit startups de la cohorte S2 2024 ont bouclé six mois d'accompagnement devant un parterre où figurait Francis Ngannou, selon le compte rendu publié par l'incubateur. AVA, CookMood, Awoulawoula Medias et Healing Road sortaient de l'incubation, Freemo Solutions, Sekure Technologies, Djoodo et Bookbookshop.com de l'accélération. Agritech, livraison de repas, édition numérique pour enfants, accès aux soins, microcrédit, paiement, sécurité des objets, commerce du livre : la diversité sectorielle revendiquée se vérifie dans cette liste. Le devenir commercial de ces huit entreprises, en revanche, reste sans trace publique ni bilan chiffré. Déclarer ne vaut pas prouver, sortir d'un programme ne vaut pas réussir. Trois points de veille avant la prochaine fenêtre : la date exacte de réouverture du portail, la durée consolidée de Scale 32, et le nombre de startups effectivement retenues en phase 2.
