D’après une cartographie rendue publique par le ministère des petites et moyennes entreprises, de l’économie sociale et de l’artisanat, pour la seule année 2019, le Cameroun enregistre la création de 14 229 nouvelles entreprises soit 806 de plus que l'année précédente. Pour le pays qui occupe la 92ème place en matière de création d’entreprise sur le plan mondial, ces chiffres ne sont pas forcément intéressants lorsqu’il se pose la question de la performance et de la viabilité de ces entreprises. Comme pour la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne, les TPE/PME sont au cœur du tissu économique camerounais avec une contribution de 35% au Produit Intérieur Brute (PIB). Mais en Afrique Francophone en général et au Cameroun en particulier, ils continuent de faire face à l’épineux problème d’accès au financement. C’est donc pour pallier ce problème que des moyens de financement alternatifs tels que les « business angels » sont de plus en plus sollicités par des porteurs de projets.
les TPE/PME sont au cœur du tissu économique camerounais avec une contribution de 35% au Produit Intérieur Brute (PIB)
Appelés « anges financiers » ou « investisseurs providentiels » en français, les « business angels » sont des personnes qui investissent leur argent dans des projets à fort potentiel de croissance. Ce sont des passionnés de l’aventure entrepreneuriale qui, en plus de financer des start-ups, conseillent sur la manière de gérer les projets grâce à leur expérience, tout ceci en contrepartie des parts de l’entreprise.
La principale motivation des « anges financiers » réside dans leur volonté de payer moins d’impôts. Aux Etats-Unis d’Amérique, le pays le plus en pointe en matière de d’investissement individuel, l’expérience montre que seuls les avantages fiscaux incitent à investir de l’argent dans le capital d’une entreprise. Cependant, « la législation dans les pays de l’OHADA (Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires) ne prévoit pas un ensemble de mesures incitatives d’ordre fiscal et les textes relatifs au financement individuel sont assez flous, pouvant parfois induire les lecteurs en erreur, car le terme « investisseur » y est utilisé à toutes les sauces : de temps à autre nul ne sait s’il s’agit d’un financier au sens premier du terme ou tout simplement d’un entrepreneur qui souhaite développer ses activités », renseigne un article de Forbes Afrique.
en 2018, le Kenya, l’Afrique du Sud et le Nigéria en ont reçu 78% soit 904 millions de dollars US

En termes d’attractivité, l’Afrique anglophone se distingue positivement de l’Afrique francophone car elle attire des investisseurs américains, chinois et indiens qui savent faire du capital-risque. Les entrepreneurs de cette partie du continent créent des start-up qui développent des concepts et des solutions en se projetant sur le marché mondial, ce qui est très apprécié par les investisseurs. Par ailleurs, « Les start-up francophones ont tendance à être plus formelles, plus prolixes dans leur communication. Or, peu d’investisseurs ont la patience d’éplucher des tonnes de pages de documents hyper détaillés pour comprendre ce qu’elles proposent », indique Rebecca enonchong dans une newsletter de Teknolojia news.
Selon un rapport publié par le réseau Partech partners, des 1.163 milliards de dollars US levés en fonds propres en 2018, le Kenya, l’Afrique du Sud et le Nigéria en ont reçu 78% soit 904 millions de dollars US tandis que le Sénégal, le pays francophone ayant reçu le plus de financement n’a pu lever que 22 millions de dollars US.
Pour plus d’impact, les business angels se fédèrent par zone, région, thème ou domaine d’activité. On peut citer entre autres
- Jozi angels (Afrique du sud)
- Lagos angels network (Nigéria)
- Viktoria Ventures (Kenya)
- Addis Ababa Angels (Ethiopie)
- Tanzania angels investors network (Tanzanie)
Bien que ces réseaux soient plus développés en zone anglophone, des investisseurs de l’Afrique francophone sortent la tête de l’eau en créant leurs propres réseaux. Au Cameroun par exemple, la femme d’affaires Rebecca Enonchong a réuni des anciens chefs d’entreprises, des cadres supérieurs ou jeunes retraités autour du réseau ‘’Cameroun Angels Network’’.
Fondé en 2014, Cameroon angels network intervient dans différents domaines tels que l’agroalimentaire, la technologie, le numérique, le digital, et dans les télécoms. Toutefois, les membres du réseau suivent de plus près l’évolution de l’écosystème numérique camerounais et sont à l'affût des start-ups à fort potentiel. Ils mettent à disposition des entreprises les connaissances, le réseau et le financement nécessaire pour leur réussite. Le réseau développe par exemple en son sein un programme dénommé VC4A startup academy, qui donne aux entrepreneurs des opportunités de lever des fonds ou d’obtenir un mentorat. Il permet par ailleurs de les connecter à plus de 2000 investisseurs.
Llan Benhaim, un business angel marocain affirmait dans un article de Financial Afrik que, « le Kenya par exemple attire 10 fois plus d’investisseurs étrangers que le Maroc ». Selon le même article, le marché des pays francophones manque de liquidité tandis que dans les pays anglophones du continent, les fonds d’investissement étrangers sont plus présents et l’écosystème des start-up y est plus dynamique. Ainsi, l’autre défi sur les marchés francophones est d’améliorer la liquidité du marché afin de régler la problématique de sortie pour les business angels.
