Le Musée National de Yaoundé a changé de visage ce lundi 27 juillet. Sous ses arcades se sont alignés des stands de bogolan, de bronzes coulés et de bijoux perlés, pour la cérémonie d'ouverture de la neuvième édition du Salon International de l'Artisanat du Cameroun. Le Premier ministre Joseph Dion Ngute, représentant personnel du chef de l'État, a lancé les festivités devant une salle où se côtoyaient artisans camerounais, délégations étrangères et partenaires techniques. Jusqu'au 5 août, la capitale camerounaise devient le point de rencontre du savoir-faire artisanal africain, sous un thème qui résume l'ambition du salon : entre tradition et modernité, comment stimuler l'innovation artisanale. Le programme des conférences, les modalités d'inscription et les informations pratiques restent consultables sur le site officiel du salon, siarc.cm.
La Côte d'Ivoire occupe la place d'honneur de cette édition, aux côtés de l'Algérie. Le ministre ivoirien du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat, Ibrahim Kalil Konaté, a conduit une délégation qui comprend dix champions nationaux de l'artisanat, vitrine assumée du savoir-faire ivoirien. L'Algérie, représentée par de hauts responsables de son ministère du Tourisme et de l'Artisanat, apporte de son côté une expertise reconnue dans le tapis, la céramique et le travail des métaux. Un pavillon dédié, des expositions, des animations culturelles et plusieurs rencontres B2B permettent aux deux délégations de dérouler leur savoir-faire devant un public camerounais et international, dans une logique de coopération Sud-Sud assumée par les organisateurs.
Le ministre camerounais des PME, de l'Économie sociale et de l'Artisanat, Achille Bassilekin III, a rappelé lors d'une conférence de presse que le secteur artisanal mobilise près de 60% de la population active du pays. Plus de 600 artisans camerounais et étrangers exposent cette année, aux côtés d'acheteurs professionnels, d'investisseurs, d'établissements financiers et de chercheurs. La tarification d'exposition va de 150 000 FCFA pour un artisan national jusqu'à 1,5 million FCFA pour un stand institutionnel, avec un acompte de 75% exigé dès l'inscription. Côté visiteurs, le billet d'entrée est fixé à 300 FCFA, une information restée discrète dans la communication officielle avant l'ouverture mais bien lisible sur les tickets distribués sur place. La billetterie s'appuie sur les applications Max It, portée par Orange Cameroun, et Ayatickets, pour organiser l'accès des 35 000 visiteurs attendus sur les neuf jours du salon, contre 20 000 recensés lors de l'édition 2024.
Cette affluence a immédiatement rattrapé la capitale. Dès la fin d'après-midi du 27 juillet, d'importants embouteillages ont paralysé les artères entourant le Musée National, à mesure que cortèges officiels, véhicules diplomatiques et particuliers convergeaient vers le site d'ouverture. Le quartier souffre d'un déficit chronique de places de stationnement, une fragilité aggravée par une mesure récente et contestée de la Communauté Urbaine de Yaoundé interdisant la vente ambulante dans plusieurs zones de la ville. Les vendeurs à la sauvette, souvent montrés du doigt dans la circulation, résistent à cette interdiction, ce qui a ajouté de la friction sur une chaussée déjà saturée par le flux du salon. Le résultat confirme l'attractivité du SIARC tout en exposant les limites d'une voirie centrale qui n'a pas été redimensionnée pour un tel afflux.
Le parc hôtelier camerounais affiche une densification réelle : 1 450 établissements classés en 2024, contre 1 281 en 2022, pour une capacité nationale d'environ 35 000 chambres. Le taux d'occupation moyen a grimpé à 72% en 2024, en hausse de quatre points par rapport à 2022, pendant que la branche hébergement-restauration progressait de 5,8%. Le gouvernement accompagne ce mouvement : un budget sectoriel de 10,391 milliards de FCFA a été lancé le 9 mars 2026 par le ministre du Tourisme et des Loisirs par intérim, Gabriel Mbairobe, dont 4,654 milliards pour le tourisme intérieur et 3,2 milliards pour le tourisme réceptif international.
Un événement comme le SIARC agit alors comme un révélateur : il permet de mesurer, en conditions réelles, si la montée en gamme hôtelière annoncée à Yaoundé suit le rythme des grands rendez-vous internationaux que la capitale ambitionne d'accueillir. Le test n'est pas concluant. Le Radisson Serviced Apartments, porté par BrightView Bethesda à Bastos, visait une livraison de ses 220 unités fin 2025 pour un budget initial de 35 milliards de FCFA. L'extension du projet, passé de 4 200 à 9 000 m² afin d'intégrer une salle de convention et un parking souterrain de 200 places, a porté la facture à 50 milliards de FCFA et déplacé la cible officielle vers le courant de l'année 2026. Fin juillet, ni campagne de recrutement, ni annonce de soft opening, ni intégration sur les plateformes de réservation du groupe Radisson ne viennent confirmer cette échéance : une ouverture avant le premier semestre 2027 apparaît improbable.
Le chantier de l'Hôtel du Lac accuse un retard plus marqué encore. Cette tour de 32 étages et 302 clés, portée par le groupe belge IIDG sur les rives du lac municipal, devait initialement ouvrir au second semestre 2024, trois ans après la pose de sa première pierre par le Premier ministre Joseph Dion Ngute. La suspension liée à la pandémie, puis l'inflation des matériaux consécutive au conflit en Ukraine, ont fait grimper son budget de 80 à 120 milliards de FCFA. Le permis de construire définitif n'a été signé qu'en octobre 2023, et le gros œuvre n'a véritablement démarré que début 2024 avec l'entreprise marocaine TGCC. Un cycle de construction de 36 à 48 mois rend mécaniquement toute livraison avant fin 2027 hors d'atteinte, une exploitation complète n'étant réaliste que courant 2028. Le 22 juillet, Paul Biya a signé un décret débloquant 4,12 milliards de FCFA supplémentaires pour achever l'assainissement du lac municipal attenant, préalable indispensable à l'ouverture de l'hôtel.
Seul le Concord International Hotel a tenu ses délais : ouvert en septembre 2025 avec 119 chambres cinq étoiles financées par la Mutuelle des personnels du Trésor, il reste, avec le parc existant, ce qui absorbe réellement l'affluence d'événements comme le SIARC. Les embouteillages du 27 juillet l'ont rappelé sans détour : la capitale teste sa capacité d'accueil avec les infrastructures dont elle dispose déjà, pas avec celles qui lui sont promises depuis 2022.
Cette digitalisation partielle de la billetterie s'inscrit dans un mouvement plus large. Econuma avait déjà documenté ce chantier à travers son enquête sur la billetterie ferroviaire numérique de KIWOTI et MyCamrail, ainsi que dans son analyse des solutions numériques de lutte contre les faux titres de transport. Reste que Max It et Ayatickets ne couvrent qu'un maillon de la chaîne : aucune navette dédiée n'a été annoncée pour désengorger les abords du musée, ce qui a laissé la gestion des flux automobiles reposer sur l'offre urbaine existante, avec les conséquences observées en fin de journée.
Le SIARC n'est pas un cas isolé. Quelques semaines plus tôt, la deuxième édition de la foire GTS s'ouvrait également à Yaoundé, remettant elle aussi le train et la mobilité touristique au centre des discussions. Ces deux rendez-vous, l'un tourné vers l'artisanat, l'autre vers le tourisme international, dessinent une même trajectoire : celle d'une capitale qui multiplie les grands salons sans toujours disposer, en parallèle, des infrastructures de voirie, de stationnement et de billetterie capables d'absorber sereinement l'afflux qu'elle provoque. Malgré une fréquentation touristique nationale qui reste modeste (le Cameroun accueille moins d'un million de visiteurs étrangers par an), des rendez-vous comme le SIARC prouvent qu'un pic d'affluence localisé et ponctuel reste possible, embouteillages compris. Reste à transformer cette preuve de concept en infrastructure durable.
L'artisanat, de son côté, poursuit sa propre mue numérique et administrative. Les Bureaux Communaux de l'Artisanat, déployés dans les 360 communes du pays, enregistrent pourtant de moins en moins d'unités de production artisanale : 3 602 en 2024, contre 5 784 en 2022, selon l'annuaire statistique du MINPMEESA. Pour inverser cette tendance, le ministère a profité du SIARC 2026 pour instituer un Prix Spécial de la Formalisation, en écho à sa campagne pour l'enregistrement officiel des artisans qu'Econuma avait couverte plus tôt cette année. Entre formalisation des métiers, digitalisation partielle de la billetterie et internationalisation des échanges, le SIARC 2026 se présente comme un condensé des mutations en cours dans l'économie camerounaise : plus visible à l'export, plus digitale dans ses process, mais toujours à l'épreuve d'une logistique urbaine qui a montré ses limites dès le premier jour.
Pour aller plus loin sur les mutations numériques qui touchent l'artisanat, le tourisme et la mobilité au Cameroun, la rubrique Go Digital d'Econuma regroupe les enquêtes de fond consacrées à ces secteurs.
