Depuis le 21 octobre 2026, cent jeunes entrepreneures de l'agriculture et du numérique occupent le Palais des Congrès de Yaoundé pour le salon agri-numérique de la CONFEJES, monté avec le MINADER et l'APME. Ce jeudi 22 octobre, place aux rencontres d'affaires. Une transformatrice de manioc ou une maraîchère y noue des contacts d'acheteurs, qu'il faudra ensuite servir à distance. L'enjeu dépasse le salon : selon la Banque africaine de développement, citée par News du Cameroun, 62 % des femmes économiquement actives en Afrique travaillent dans l'agriculture. Trois outils gratuits couvrent la chaîne de vente. WhatsApp Business prend la commande, Facebook Lite apporte la visibilité, le paiement marchand Mobile Money encaisse. Reste à savoir lequel tient quand le réseau faiblit.
WhatsApp Business sert de comptoir. Sa fiche Google Play, mise à jour ce 22 octobre, le dit gratuit au téléchargement comme à l'usage. L'éditeur y liste un catalogue de produits, des réponses rapides, des messages d'absence et des étiquettes pour trier les clients. Un sac de maïs, un lot de jus de foléré en bouteilles : chaque article reçoit sa photo, son prix, sa description. Les statuts relaient les arrivages frais. La commande et le paiement intégrés portent une réserve explicite, « non disponible sur tous les marchés ». Aucune source consultée n'atteste leur ouverture au Cameroun. Côté terrain, la fiche ne publie ni la consommation de données ni le comportement hors connexion. Un catalogue illustré se charge en images, donc en mégaoctets, une dépense que l'éditeur ne chiffre pas. Le doute reste donc entier.
La prudence vaut d'ailleurs pour toute promesse d'application agricole. Une fiche décrit, elle ne prouve rien. Le test ECONUMA d'Agrix Tech, le 8 octobre, n'avait obtenu aucun diagnostic, faute de mise à jour depuis la mi-2023. L'écart entre la vitrine et l'usage se mesure sur le terrain.
Chaque jeudi, ECONUMA teste les applications qui comptent pour le numérique camerounais. Le #JeudiApp de la semaine prochaine circule d'abord sur ECONUMA GO DIGITAL. Suivre le fil.
Facebook Lite joue la vitrine publique. Sa fiche, actualisée le 20 octobre, la présente comme conçue pour les réseaux 2G et les zones à connexion instable, plus légère et moins gourmande en données que l'application principale. Pour une productrice du Moungo ou du Noun, l'argument pèse plus lourd qu'un filtre photo. Le réseau ne suit pas toujours. La version légère a ses limites. Un avis d'utilisateur la juge restreinte dans la gestion des pages, un signalement isolé que la rédaction n'a pas vérifié. Marketplace, l'espace d'annonces de Meta, ne figurait pas parmi les 37 pays et territoires d'Afrique subsaharienne ouverts en août 2021, selon l'Agence Ecofin. Sa disponibilité actuelle au Cameroun reste à confirmer. Ces outils grand public comblent un vide : l'agritech africaine n'a levé que 168 millions de dollars en 2025, et l'appui public du PATNUC finance l'adoption plus que les start-up, rappelait ECONUMA le 9 octobre.

Trois outils, trois rôles. Relevé ECONUMA du 22 octobre 2026. Repère de production, à retirer avant publication.
Reste l'encaissement, où le Mobile Money prend l'avantage. Orange Money fonctionne sur tout téléphone via le code #150#, sans connexion internet, selon le guide fiscal LeFisk. Le même guide présente ce règlement comme gratuit pour l'acheteur et hors du champ de la taxe de 0,2 % sur les transferts électroniques, créée par la loi de finances 2022. Le vendeur, lui, acquitte des frais réduits, sans montant publié. La concurrence s'aiguise. En septembre 2025, l'opérateur a supprimé ses frais sur les transferts passés par Max it, hors taxes de l'État, selon EcoMatin. Ouvrir un compte professionnel suppose un extrait du registre du commerce ou une preuve d'activité, en version allégée pour les petites échoppes. Chez MTN, le menu *126# mène aux paiements, mais la grille consultée ne précise pas leur coût pour le client. Seul des trois à se passer de données mobiles, l'USSD sécurise l'étape où l'argent change de mains.

Verdict : les trois outils se répartissent les rôles. WhatsApp Business pour présenter et prendre la commande, Facebook Lite pour être trouvée, le paiement marchand pour encaisser sans forfait internet. Aucune recommandation sans réserve, toutefois. La consommation de données de WhatsApp Business, la gestion des pages sous Facebook Lite et les frais marchands restent non indiqués dans les sources, et la rédaction n'a mené aucun test sur téléphone. Les dix lauréates du concours de pitch du salon diront quels outils elles utilisent déjà. Une vitrine sans caisse fait un catalogue, une caisse sans vitrine attend ses clients. Combien de ventes se perdent encore entre un message lu et un paiement reçu ?
